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SORTIE CINEMA CLASSE DE PREMIERE L – « Une Suite qui dérange »

 

Merci de vous être dérangés !

Le 10 octobre 2017, des élèves du Lycée, dont ceux de Première L, ont été au cinéma pour la projection d’« Une suite qui dérange ; le temps de l’action », le nouveau film documentaire sur l’engagement écologique d’Al Gore. Un film choc qui a suscité un débat au sein de la classe. Un homme peut-il changer le monde ?

Al Gore s’affirme « guéri de la politique ». Et pourtant, il n’a jamais été aussi engagé. Ses combats dépassent les frontières du pays dont il a été le 45ème Vice-Président (administration Clinton). Des Etats-Unis à l’Inde, en passant par la France, le spectateur le suit à travers toutes ses missions sur le terrain pour avertir l’opinion publique des dangers du réchauffement climatique.

Dix ans après « Une vérité qui dérange » qui lui avait valu un Oscar, Al Gore revient sur le devant de la scène cinématographique, en présentant au Festival de Sundance, puis à celui de Cannes, son deuxième opus. Sa lutte continue, et se double cette fois d’une urgence à agir, au moment où le monde connaît de nombreuses catastrophes naturelles et que les Etats-Unis de D. Trump sortent des Accords de Paris.

L’affiche du film est éloquente : un sablier où s’écoule un âge d’or, celui de la planète bleue et verte, vers un monde sinistre, froid et gris. Dès les premières images, saisies par drone, la fonte de la banquise, à perte de vue, poursuit cette volonté didactique. Simplisme de l’émotion, ou efficacité d’un argumentaire imparable ? Les unes après les autres, les vidéos amateurs se succèdent, témoins des innombrables catastrophes naturelles qui ont endeuillé le monde depuis une décennie.

Chiffres effarants à l’appui de son discours, données scientifiques associées à la tribune médiatique, le Prix Nobel de la Paix sillonne inlassablement le monde, de petites villes conservatrices du fond des Etats-Unis, jusqu’aux grands sommets de chefs d’états, afin de porter la bonne parole. Car en filigrane, il y a bien quelque chose du prédicateur dans sa mission, les « forces des ténèbres » prenant ici l’aspect des climatosceptiques.

Le film part de constats scientifiques : hausse importante des températures, multiplication des ouragans, inondations qui, à terme, pourraient redessiner la carte planétaire. On pourrait croire, à première vue, que le documentaire verse dans le sensationnel  et campe l’ex-homme politique en héros: il n’en est rien. Grâce aux différentes équipes d’ambassadeurs du climat, formées depuis près de 20 ans, il incite à ne pas céder au catastrophisme et insuffle au contraire une énergie communicative, un optimisme tout américain, une foi dans l’action à toute épreuve.

L’autre mérite du film est de rappeler l’étroite imbrication de toutes les problématiques du monde actuel. Les crises internationales qui secouent la planète découlent du changement climatique : tensions géopolitiques, guerres, malnutrition, multiplication des virus (zika notamment), sans compter les exodes massifs de réfugiés climatiques, les désastres économiques et humains en général. Le conflit syrien a ainsi fait suite à la pire sécheresse connue par cette région du globe depuis 900 ans. L’humain s’adapte de manière terrible parfois à ces évolutions tragiques, témoin cette recommandation du gouvernement mexicain aux femmes d’éviter d’être enceintes durant deux ans, le temps d’éradiquer complètement le virus.

Bien sûr, le film ne fait pas l’unanimité ; bien sûr il n’échappe pas  à l’écueil de l’ode à la personnalité, diront certains. Gore en bottes de caoutchouc dans les rues inondées de Floride, ou en tribun séducteur dans les amphithéâtres bondés d’étudiants conquis par son humour ; il est vrai que tout le film est centré sur ce personnage au leadership enthousiaste. Il devient l’incarnation de la cause qu’il défend. Cependant, peut-on le blâmer de mettre sa notoriété au service de la lutte contre un capitalisme forcené, qui place les énergies fossiles au cœur du développement économique ? L’homme est en quelque sorte un idéaliste pragmatique ; il ne fait pas qu’haranguer les foules avec brio, mais propose des solutions concrètes, l’éolien et le solaire par exemple.

On le voit aux prises avec ses détracteurs, notamment en Inde, qui le mettent devant un paradoxe historique essentiel : les Etats-Unis ont bénéficié de 150 ans d’un incroyable développement économique et social, avant la prise de conscience écologique. Au cours d’un dialogue incisif, un ministre indien allègue le droit pour son pays de connaître le même cheminement. Al Gore d’entendre la critique et de ne pas éluder l’image de donneur de leçons qu’il risque ; un mea culpa tempéré par l’urgence de la situation et par l’appartenance commune de l’humanité à « notre maison terre ». Cette Terre vue depuis l’espace, célèbre photo de 1977 affichée dans son bureau de vice-président, et dont il réclamait ardemment de nouveaux clichés à la Nasa.

Arguments et contre-arguments, âpreté de l’entreprise de persuasion ; en fin de compte, force est de constater que l’action la plus décisive réside avant tout dans une parole puissante, une rhétorique subtile, une négociation langagière, toujours sur le fil. Le pouvoir performatif du langage de Monsieur Gore est indéniable lors de la COP 21 à Paris en 2015. Usant de tout son talent d’orateur avec les différentes parties en opposition, au téléphone, sur scène, mais surtout en coulisses, il est le maître d’œuvre d’un véritable retournement de situation, presque un coup de théâtre !  

Loin cependant de ne résider qu’en effets de style –ou de manches-, ce pouvoir rhétorique se fonde avant tout sur une parole de conviction, sur la passion d’un homme, sur l’engagement d’une vie.

   

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